"Adapter, individualiser, personnaliser… j’en ai marre de devoir multiplier mes pratiques de classe alors que c’est un lieu collectif !" Ce type de phrase, je l’entends quasiment quotidiennement… et c’est bien légitime !
Tout assaille les enseignants et enseignantes : réformes, pressions, contrôle, gestion administrative… Et, en plus, il va falloir s’occuper de 25 élèves avec des profils bien différents les uns des autres ?
Un désarmement : 25 élèves (environ) dont 10 dossiers "aménagements raisonnables", 5 élèves largement soutenus par des parents hélicoptères (vous savez, ceux qui surveillent tout, même vous), 5 en décrochage scolaire ayant activé le mode touriste… Il en reste donc 5 ! Bon, que faisons-nous, alors, pour enseigner à tous et toutes ? Pour remettre la pédagogie au centre, tout en étant conscient de ces constats ?
Dans cet article, je vous propose de réaliser un scanner en partant du haut du corps jusqu’en bas, en réalisant un parallèle à votre pédagogie. Enseignante et psychomotricienne, le lien avec ce scan corporel me semble une évidence.
De plus, il vous sera facile de faire le tour en vous scannant lorsque vous rencontrerez une difficulté. Pas de recettes miracles ni de baguettes magiques : je vous propose plutôt une vision collective de l’individualité tout en étant consciente des freins et des leviers de nos écoles.
Assurément : non ! Nos élèves ne comprennent pas tous la même chose au même moment et nos explications ne semblent pas toujours faire écho. Que ce soit grâce à nos expériences professionnelles, aux recherches neuroscientifiques ou aux ressentis, une chose est bien certaine : nous avons tous un cerveau identique à peu de choses près, mais des fonctionnements très différenciés.
Et c’est bien là notre grande difficulté professionnelle : enseigner à l’individu dans le collectif, au particulier dans la généralité. En bref, comment faire pour savoir comment fonctionnent nos élèves afin d'en tenir compte sans stigmatiser ?
Les élèves n’ont pas toujours conscience que leur fonctionnement est plus spécifique étant donné qu’en fondamental, ils ont peut-être mis en place des stratégies de compensation qui ont suffit et fonctionné. Dès lors, en secondaire, ils vont pouvoir faire du copier-coller qui marche rarement, étant donné la diversité des professeurs, la multitude des contenus et les attendus diversifiés.
Vous aussi, vous avez des élèves qui disent "qu’est-ce qu’on doit faire ? J’ai rien compris", alors même que vous finissez d’énoncer votre consigne ? Bienvenue au club !
Les recherches (notamment de Salabura et Zakhartchouk) qui s’y consacrent pointent du doigt la manière de formuler les consignes afin d’impacter et de maximiser le nombre de réponses à la tâche demandée. Pourtant, dans la pratique, les consignes sont soit orales soit écrites.
Rendre à la consigne son rôle de mise en action est à la fois terriblement simple et complexe car celle-ci se doit d’être anticipée, pensée et non improvisée. Il est indispensable de mesurer le nombre d’actions/d’outils mentaux, d’envisager objectivement le temps dont l’élève aura besoin et d’avoir envisager des relances attentionnelles, matérielles, disciplinaires, des référentiels, outils pour relancer l’élève dans son apprentissage.
Afin de pouvoir maximiser l’implication des élèves au sein de la tâche demandée, il faut veiller à une consigne multimodale. C’est-à-dire :
Multimodalité signifie qu’on va proposer de manière distincte la consigne. C’est une manière après l’autre ! Il sera justement néfaste de dire en même temps qu’écrire, tout en expliquant la métacognition nécessaire.
"T’as compris où fallait mettre la réponse ?"... Ce genre de commentaire, vous l’entendez aussi de la bouche des élèves ? À nouveau, bienvenue au club ! De manière très explicite, c’est à ce moment précis que notre élève nous indique clairement "je ne vois pas". D’où cela vient-il ?
Pour certains élèves, on a l’impression que ce sont surtout des facteurs environnementaux qui modifient leurs perceptions visuelles : utilisation de petits ou très grands écrans, rapidité du passage des informations par le biais des outils numériques et les scrolls infinis, etc. Pour d’autres élèves, en plus de ces facteurs numériques, vont s’ajouter des difficultés ou troubles neuro-visuels.
Qu’est-ce que ça signifie, en termes de symptômes visibles ?
Le cas du recto/verso…
Si l’élève doit lire un texte qui est composé d’un recto-verso où les informations structurées en paragraphes ne sont pas coupées entre le recto et le verso, et pour lesquelles il n’y aura pas de questions de mise en lien entre les paragraphes, alors il n’y a aucun problème à faire des copies en recto-verso.
Si l’élève reçoit une copie qui possède en recto un texte ou un schéma, et qu’au verso je pose des questions de compréhension au sujet du contenu du texte ou du schéma, il y a un grand risque de perte d’informations. Dès lors :
Dans la société moderne, tout est bruit constant : musique, podcast, bruit de fond, discussion… Il paraît même inimaginable pour nos élèves d’étudier dans le silence, de ne pas s'exprimer et donner leurs avis, de ne pas partager leur musique, etc.
Et à l’école, comment les éduquons-nous face au bruit, à l’expression ? Lorsqu’on rentre dans une classe, soit le professeur parle et maintient sous silence les élèves, soit ceux-ci doivent s’exprimer en formulant des réponses et/ou en participant à des travaux de groupe.
L'air de tout, sauf l'air d’être à l’école avec une démarche peu engageante. Il a malgré tout un sac sur le dos mais… A-t-il son cours ? Là, mais totalement absent. Vous le voyez, cet élève ? Moi, très clairement et j’ai l’impression d’en croiser énormément.
Dans l’enseignement, nous aimerions tous, idéalement, que nos élèves soient motivés, ancrés, poussés par une force extrême de l’apprentissage. Une motivation endogène profonde qui nous permettrait de les accompagner, de les guider, de les nourrir.
Cessons de rêver un peu et revenons à la réalité de nos classes : nombreux sont les élèves qui viennent au cours parce qu’il faut bien, qui n’aiment tout simplement pas l’école et y voient peu/pas de sens. Dès lors, comment faire pour qu’ils vivent des journées moins pénibles et plus enthousiastes ?
La motivation est un système complexe dont je ne ferai pas la description ici, mais il me paraît important de pouvoir mener un focus rapide sur quelques points essentiels :
Feuille illisible, qui manque d’informations et de contenus, feuille chiffonnée, trouée même parfois… Les informations de question 1 se retrouvent dans l’encart de la question 4 ? Oui, oui, ça arrive !
Bien que je sois convaincue qu’un apprentissage passe par la main, par l’écriture, par la structuration directe de sa production, force est de constater que nos élèves sont peu investis dans les tâches d’écriture. Lorsqu’on ajoute à cette généralité un trouble moteur et/ou du geste graphique, on peut se rendre compte de l’ampleur du challenge de faire écrire manuellement des élèves.
En quoi est-ce si compliqué pour un élève ayant un trouble de prendre des notes ? Écrire est tout d’abord l’addition de gestes moteurs globaux et fins à coordonner de manière adaptée :
Écrire, c’est aussi laisser une trace de soi sur du papier. C’est faire état de qui on est. Cela devient fastidieux lorsque l’élève a une douleur physique constante dans la main et parfois jusqu’à l’épaule (je pense à l’élève dysgraphique), lorsque l’espace de l’écrit est un peu trop étroit ou que la longueur des textes est infinie.
Le ventre est notre deuxième cerveau, nous dit-on. Il est aussi celui qui nous informe assez simplement de l’état général : colique, besoins urgents d’aller aux toilettes, plaintes constantes "Madame, j’ai mal au ventre"... Au-delà de l’alimentation et des divers troubles qui pourraient engendrer des maux, il y a bien aussi les angoisses qui rongent, les acidités qui remontent et qui mangent l’estomac, etc.
Bien souvent, ces différents maux sont la résultante d'angoisses liées à la scolarité, à la réussite et à l’image de soi. Avons-nous réellement du poids ? Directement, peut-être pas. Indirectement, sûrement plus !
On a tous et toutes déjà vu des vidéos sur les réseaux où la classe traditionnelle est totalement transformée et organisée avec des outils plus où moins attirants. Pour certains, c’est la réponse tant attendue. Pour d’autres, ils y voient plutôt un moyen supplémentaire d’être distrait et non préoccupé par ce qui se joue en classe.
Chambres à air sur les chaises, ballons, coussins Dynair, pédaliers : sont-ils indispensables dans les classes pour permettre à nos élèves de bouger ? Ça dépend de l’espace dont vous bénéficiez dans votre classe, de votre cours et des besoins qui en résultent, de votre pédagogie, etc. Il me semble qu’il n’est pas bon de se ruer sur des outils extérieurs et prometteurs de réussite alors que la difficulté n’est pas souvent là. Ne mettons pas un pansement sur une jambe de bois !
Par exemple, si j’ai un trouble de la coordination motrice, qu’il m’est donc déjà complexe de prendre des notes écrites, alors le ballon risque d’empirer la situation étant donné qu’il risque de me déséquilibrer. Cependant, pour penser à un projet, mettre en mémoire, participer activement à un travail collaboratif, alors cette assise est très judicieuse.
25 élèves, de taille quasiment adulte, rassemblés dans un local fermé, qui ont tous et toutes besoin d’espace et de bouger. Ça ne vous arrive jamais de vous demander "comment arrivent-ils à vivre dans cet aquarium ?".
Personnellement, je suis souvent interpellée par la taille et les infrastructures des classes : soit trop petite, soit sombre, soit meublée à l’ancienne, soit immense ce qui amène les élèves à être plic-ploc dans la classe. Lorsqu’on a enfin un local adéquat, on croise les doigts pour le garder le plus longtemps possible !
Malgré tout, ce local, il est important de pouvoir l’observer afin de s’assurer que celui-ci puisse amener des repères clairs et pertinents pour l’élève.
Désormais, pour penser notre classe de manière universelle mais adaptée, il serait bon de se scanner le corps de haut en bas pour finir par l’envelopper totalement… Ce qui nous permettrait de faire le tour des quelques indispensables dont chaque élève a besoin.
Anne-Lise Gonçalves, psychopédagogue depuis 2011 et toujours en activité de classe !
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